[Conférence] Lucile Davier - "La traduction dans les médias en Suisse et au Canada : invisibilité, transparence et résistance"

Invisibilité
Date: 
Mercredi, Mars 22, 2017 - 12:00

Dans le cadre du Cycle de conférences en traductologie 2016-2017 de Figura-Concordia, Lucile Davier (Université d'Ottawa / Université de Genève) présentera une conférence intitulée :

La traduction dans les médias en Suisse et au Canada : invisibilité, transparence et résistance

Ces quinze dernières années, les chercheurs en « traduction journalistique » ont mis au jour un certain nombre de caractéristiques communes à de nombreuses situations de communication : dans les médias, la traduction serait invisible, littérale et intégrée au processus de production de l’information (Bielsa et Bassnett 2009 ; Gambier 2010 ; van Doorslaer 2010 ; Conway 2011 ; Schäffner 2012 ; Davier 2014). Toutefois, C. Gagnon (2012) émet l’hypothèse que le paysage médiatique canadien pourrait être l’exception qui confirme la règle en raison de la centralité politique du bilinguisme. Partant de cette hypothèse et d’une enquête menée dans des agences de presse en Suisse, la présente étude s’interroge sur les conceptions que les journalistes d’un quotidien régional francophone ont du bilinguisme et de la traduction. En Suisse, les journalistes conçoivent la traduction comme une pratique littérale et contraignante, ce qui les amène à « désélectionner » des sources dans leur langue seconde au profit d’acteurs s’exprimant dans leur langue maternelle. En d’autres termes, ces conceptions influencent les tâches de sélection de l’information auxquelles les journalistes accordent autant d’importance qu’au principe d’« objectivité ». Est-ce également le cas dans un quotidien régional installé à cheval sur la frontière Québec-Ontario, Le Droit  ? Pour répondre à cette question, j’ai mis sur pied une enquête de terrain ethnographique comprenant des entretiens avec des journalistes, des périodes d’observation et l’analyse de nouvelles publiées aux formats papier, web et mobile ainsi que de documents institutionnels. D’après mes résultats préliminaires, premièrement, la traduction est également invisible au niveau textuel dans les articles s’appuyant sur des sources en anglais. Deuxièmement, la traduction est aussi considérée comme une opération transparente ne nécessitant ni formation spécifique ni réflexion institutionnelle, mais pas comme une difficulté ou une contrainte. Troisièmement, à quelques exceptions près, les journalistes du Droit conçoivent leur travail quotidien avec des sources en anglais comme une réalité contre laquelle il est inutile de lutter. Par conséquent, ils sont moins tentés de désélectionner des sources en anglais, d’autant plus que l’invisibilité de la traduction crée une illusion d’unilinguisme dans leurs articles en français. Cependant, à l’ère de la convergence, alors que l’image et la vidéo gagnent en importance sur les plateformes web et mobile, ce phénomène pourrait bien s’inverser.

 

Bienvenue à toutes et à tous! 

 

Mercredi le 22 mars 2017, à 16 h

Université Concordia

Pavillon LB - McConnell 

1400, de Maisonneuve O., salle LB.619

 

organisée par Benoit Léger

 

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